Le prix de la croissance économique

Je suis tombé il y a quelques instants sur ce Tweet de Guillaume Perrier, correspondant du journal Le Monde en Turquie :

La Turquie, comme tant d’autres pays dans le monde, profite de la main d’oeuvre peu chère et docile des enfants (Je rappelle à toute fin utile qu’à 15 ans, on est encore un enfant. Tout du moins en France), pour faire toute sorte de travaux pénibles, comme celui de s’engouffrer à des centaines de mètres sous terre, pour y extraire du charbon.

Ce qui me choque, finalement dans ce tweet, c’est « le prix de la croissance économique turque ». Non, c’est le prix de la croissance économique mondiale. C’est le prix de notre confort, de nos produits consommés en France, fabriqués en Chine et en Turquie, grâce à ces gamins qui travaillent, dans les mines, dans les usines.

Il n’y a pas si longtemps, les negriers ont constitué leur fortune avec la sueur et le sang des esclaves. Aujourd’hui ce sont nous, pays occidentaux, qui assurons notre croissance et notre confort grâce à la sueur et au sang des enfants et des travailleurs turques, chinois, ou d’autres pays.

 

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L’école, un lieu de souffrance

Aujourd’hui, j’ai engueulé un élève. Le type d’élève qui gonfle tous les profs : on ne sait pas pourquoi il est là, il ne sait pas non plus. Il fout rien, et en plus, il fait le con (pas méchamment, on est dans un lycée plutôt BCBG, hein !). Il a des heures de colle jusqu’à la fin de l’année, son carnet de correspondance est plein de mots relatant ses exploits réalisés et son travail qui ne l’est pas. Bien sûr, il a une gueule d’ange, une voix encore trop aiguë pour son genre (« pas assez mature », diront les profs), et une intelligence vive, qu’il cache autant qu’il le peut.

En plein devoir surveillé, ce gamin (et oui, à 15 ans, on est encore un enfant), qui pour une fois avait répondu à quelques questions, s’est mis à discuter, à faire l’imbécile. Pas méchamment, pas très fort, mais en DS, merde !

En bon enseignant bien responsable, je lui ai gueulé dessus, pris son carnet pour lui mettre une heure de colle, et en ajoutant, avec la voix de celui qui incarne l’Institution Scolaire de la République « Il va sans dire que tu auras ZERO à ce devoir ! »

J’ai vu alors ce que l’on voit parfois (pas toujours, certain(e)s se cachent mieux que d’autres), il s’est quasiment mis à pleurer. Pas les gros sanglots, juste une p’tite larme, plus un mot, cachant sa tête avec ses bras, avachi sur son bureau. Ce petit con. En plus, il essaie de t’apitoyer sur son sort. Restait trois quart d’heure de devoir.

En fait, je lui avais fait mal. Je l’avais humilié, maltraité. Comme il est humilié, et maltraité toute la journée, par tous les enseignants, par quasiment tous les adultes qu’il fréquente toute la semaine. Dans le meilleur des cas pour lui, il est ignoré. Dans le pire, il est pris comme exemple, devant ses pairs, de ce qu’il ne faut pas être. Il a quelques amis bien sûr, avec lesquels il peut rire de ses « exploits ». Et puis il y a tous les autres, garant eux aussi de l’institution, qui le méprisent presque autant que ce que les enseignants le méprisent. 

La souffrance est là, au quotidien, à l’école (je parle ici du lycée, puisque c’est ce que je connais le mieux. Mais je mets ma main à couper que c’est identique, ou même pire en collège ou à l’école primaire). Les élèves souffrent et ont peur en permanence.

Certains ont une boule dans l’estomac ou dans la gorge, parce qu’ils vont être interrogés. Ils ont bien révisé, mais ont peur de s’être trompé de chapitre, de perdre leurs moyens, de se planter. Les demandes des profs paraissent tellement aléatoires.

  • Ouf, ça s’est bien passé, ils peuvent passer à la peur d’après.
  • Ça s’est mal passé : à l’oral, le prof, devant le reste de la classe a patiemment montré à quel point ils sont nuls, n’ont pas fait ce qu’il fallait faire. A l’écrit, ils n’ont rien compris. C’était si différent du travail en classe !

Et ils sont tous soumis à la même insécurité. En permanence, tous les jours, ne pas savoir si on va réussir, échouer, se faire traiter de minable ou de « bon élève ». 

Pour d’autres, ce n’est pas l’évaluation qui va poser problème, mais la relation même avec les enseignants / adultes. Ils savent que du début, jusqu’à la fin de la journée, ils vont s’en prendre plein la gueule.

  • « Mais qu’est-ce que tu fous au lycée ? Va bosser chez McDo ! » (ça, c’est une remarque constructive et pédagogique pour motiver l’élève et lui faire se rendre compte de la chance qu’il a d’être en lycée général)
  • « Tu ne sais rien. MOI, je sais. Tu as passé l’agreg de SVT toi ? Moi oui, alors tu m’écoutes ! » (ça c’est l’enseignant qui demande à l’élève de le reconnaître comme un « savant », et d’être humble devant la nature complexe des choses)
  • « Vous êtes inspecteur de l’éducation nationale ? Non, alors vous n’avez pas à remettre en cause les compétences de votre enseignant ! Chacun à sa place ! » (ça, c’est le chef d’établissement qui explique aux délégués (qui se permettaient de dire qu’avec leur prof de langue, ils faisaient le même texte depuis 2 mois) lors d’un conseil de classe combien l’administration prend soin d’aider les enseignants à actualiser leurs méthodes pédagogiques) 
  • « – Donnes moi ton téléphone, tu n’as pas à envoyer des SMS pendant le cours  -Mais je regardais juste l’heure ! – C’est ça oui ! Tu me le donnes tout de suite ! – S’il vous plaît, ne le confisquez pas, j’attends un coup de fil de mon père ce soir ! – T’avais qu’à ne pas l’utiliser durant les cours ! » (ça, c’est un dialogue montrant le respect et la confiance mutuelle de l’enseignant et du lycéen, et expliquant l’empathie dont la société a besoin pour fonctionner)

Mais pourquoi nous, enseignants, sommes-nous aussi violents avec les élèves ? On les domine par notre âge, par notre statut, parfois par nos compétences, et par notre connaissance du système. On les domine, et on en joue, on en abuse. Pourquoi ? Pour qu’ils soient des élèves « modèles » : Attentifs, motivés, un peu espiègles parfois, mais pas trop, pertinents, intéressés par ce qu’on enseigne. Ou, pour ceux qui n’y arrive pas, pour qu’ils nous foutent la paix. Et puis parfois aussi par simple reproduction, ou  pour le simple plaisir de dominer quelqu’un. Parfois, par peur de ces jeunes qui n’ont pas conscience de leur pouvoir. 

Il est assez probable que ces jeunes expriment des émotions comme nous, adultes raisonnables et raisonnés. Alors, comment tolérer qu’ils viennent, des heures durant, sous notre regard, se faire maltraiter ? Comment tolérer participer à cette mascarade, par corporatisme, par peur des supérieurs, ou parce qu’on-a-toujours-fait-comme-ça ?

Ce gamin que j’ai engueulé, je lui ai rendu son carnet sans rien lui marquer dessus. Quand il m’a redemandé si j’allais lui mettre zéro, je lui ai dit que non, j’allais corriger son devoir. Je lui ai dit que je lui expliquerais pourquoi demain. Je ne sais pas encore si j’oserais m’excuser réellement, comme je le devrais, pour les souffrances inutiles et injustifiables que je lui fais subir, à lui comme aux autres, en étant partie prenante de ce système.

Qui veut rassurer les futurs parents d’enfants trisomiques ?

Une très jolie vidéo tourne beaucoup sur les réseaux sociaux. Elle s’appelle « Dear Future Mom« , et a été réalisée pour le 21 mars, la journée internationale de la Trisomie 21 (appelée aussi Down Syndrome). C’est un panel d’association européenne autour de la trisomie 21 qui la diffuse.

On y voit des enfants trisomiques, répondant à une femme ayant appris que son fœtus était trisomique, sur le ton « Chère future maman… ». Les propos sont charmants, les personnages aussi. Tous ces enfants trisomiques racontent combien ils sont heureux, combien, certes, ce n’est pas facile, mais les personnes atteintes de cette maladie génétique peuvent grandir, vivre en autonomie, et même travailler, voyager ! Quel message plein de joie pour les parents qui vont avoir un enfant « différent » !

C’est ma chère et tendre qui m’a alerté. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec cette vidéo. L’absence de père ? « Dear future mom », c’est un peu nier le rôle, l’importance des deux parents dans cette aventure magnifique et terrible à la fois, d’avoir un enfant trisomique ! La détresse en apprenant cette nouvelle, le désir de bien faire, l’amour, l’épuisement physique et moral, tout cela se partage à deux (ou même à plus, avec les autres frères et soeurs, l’entourage) ! Pourtant, la douceur de la vidéo fait presque oublier ce point. Mais il y a plus choquant.

A qui s’adresse cette vidéo ? À la future mère (allez, on va dire aux futurs parents) d’un enfant trisomique. Mais pourquoi ? Pour qu’elle, ou qu’ils acceptent leur futur enfant trisomique comme il est.

Ah. vous commencez à voir le problème ?

La plupart du temps, lorsqu’un couple apprend que le fœtus est trisomique, il n’est encore… qu’un fœtus. Pas un enfant. Pas forcément un futur enfant. Les couples qui le désirent peuvent avoir un enfant trisomique. D’ailleurs, les pressions qu’ils subissent pour avorter sont odieuses, inacceptables, et viennent de toutes parts : famille, milieux médicaux, amis…* Mais ils ont le droit aussi de ne pas garder ce fœtus. De procéder à une IVG, si le délai légal peut être respecté, ou une IMG (Interruption Médicale de Grossesse, voir ici pour les questions légales, et , sur Wikipédia), qui peut se pratiquer jusqu’à la naissance. C’est aux futurs (ou non) parents de décider, et uniquement à eux.*

Pour moi, les difficultés lorsqu’on a un enfant trisomique, c’est avant tout celles liées au regard que porte la société sur eux. Sur leurs parents, qui ont souvent choisis, contre vents et marées, de les garder, de les faire grandir tels qu’ils sont. Le rejet que pourrait avoir un parent pour un enfant n’est qu’une conséquence de ce rejet de la société entière. 

Alors, il s’agit d’une vidéo un peu naïve, mais qui aide quand même le grand public à aimer ces enfants tels qu’ils sont ?

Non. C’est une vidéo qui culpabilise les couples, les femmes qui ne souhaitent pas poursuivre leur grossesse. C’est une vidéo qui, prenant par les sentiments disent à ces adultes à quels points ils sont des monstres de ne pas vouloir un enfant trisomique.

Ah, au fait, je ne connais pas l’association italienne CoorDown, qui est à l’origine du projet. Mais je connais un peu plus en France la Fondation Lejeune qui participe et finance cette campagne. La Fondation Lejeune, ce sont des campagnes contre l’IVG (voir ici ou par exemple), contre le concept de genre (si vous me permettez l’expression quelque peu raccourcie). C’est elle qui édite des prospectus qui commencent par

Et dès la fécondation, dès cette première cellule, il est déjà garçon ou fille.

Sandrine S Comme C en parlait justement sur lesvendredisintellos.com en février dernier. Son billet est à lire absolument.

Alors, avant de partager la vidéo, vérifiez que vous partagez les valeurs de ceux qui la promeuvent. Et demandez vous que cela va véritablement aider : les familles dont des enfants sont trisomiques, ou les anti-IVG ?

* Pour quelques articles sur la trisomie, le droit à la différence, le droit au choix, vous pouvez aussi aller piocher sur Les Vendredis Intellos (recherche : trisomie)

L’université, pour quoi faire ?

Je poursuis ici ma lecture du livre de S. Orange et R. Bodin, sur la réalité de la formation universitaire. Dans le billet précédent, je parlais de la question de la sélection dans l’enseignement supérieur. Les exemples et les études cités par les auteurs étaient assez clairs : cette sélection n’a pour autre finalité que d’assurer une bonne reproduction sociale. Ces filières, qu’elles soient courtes et peu prestigieuses (Ecole d’éducateurs spécialisés, BTS…) ou qu’elles soient socialement très valorisées (Ecoles d’ingénieur, de commerce …), sélectionnent avant tout les étudiants les plus « adaptés » à leur « état d’esprit », ce qui conduit inévitablement au maintien des jeunes dans les catégories socio-professionnelles de leur milieu.

La première partie de ce livre qui porte sur la sélection est plus riche que cela, et montre en particulier que LA filière non sélective, l’université, réunit des étudiants de tous niveaux et de toute catégorie sociale. Que la non-sélection à l’entrée des études supérieures est déjà un outil pour lutter contre la reproduction des classes sociales et des élites en particulier.

La seconde partie de l’ouvrage est tout aussi passionnante, et s’intitule « l’université, pour quoi faire ? »

J’avoue que j’adore la citation qui ouvre ce chapitre :

Dès la seconde, les jeunes doivent savoir que des filières, comme l’histoire, la sociologie ou la psychologie connaissent des difficultés d’insertion. Ils doivent être prévenus.     G. Fioraso, lefigaro.fr 20/03/2013

Comme ça, on est prévenu. Et pourtant…

Quand on parle de l’université, on conserve l’image des étudiants qui s’y rendent parce qu’ils n’ont pas de projets, et qui y échouent dès les premières années. Quand on parle de l’université, on pense aux filières de sociologie, philosophie,… qui sont aux yeux de chacun des voies de garage. On voit en elle plus l’exception, les quelques bacheliers paumés qui n’ont pas eu le temps de faire des voeux cohérents, ou qui n’ont pas été pris dans les IUT, BTS, Classes Prépas, écoles… On voit en elle aussi en elle une voie sans issue, à part la précarité sociale… Les auteurs, patiemment, démontent ces préjugés.

L’université, c’est pour ceux qui ne savent pas quoi faire

En fait, c’est plutôt l’inverse ! Lorsque les étudiants à l’université sont interrogés, ils sont bien plus nombreux à dire savoir ce qu’ils veulent faire comme métier, que ceux qui partent en écoles de commerce, ou IUT et BTS… Et pas uniquement dans les filières « stars » (médecine ou droit) ! On apprend par exemple qu’alors qu’environ 16 % des élèves de première année d’IUT ont une idée précise de leur projet professionnel, ils sont 51 % en L1 de sociologie, 48 % en L1 de psycho !

Les auteurs vont même un peu plus loin, témoignages à l’appui :

Finalement, on serait tenté de dire que l’orientation à l’Université constitue une orientation d’autant plus souhaitée qu’elle a du, pour se réaliser et se conforter, braver certains préjugés et certaines incompréhensions.

L’université, c’est une usine à chômeurs…

Alors que les IUT, BTS, écoles d’ingénieur et de commerce sont connus pour déboucher sur l’emploi, l’université est depuis, depuis… longtemps présenté comme une « fabrique à chômeurs ». Encore une fois, ce préjugé est contredit par les chiffres présentés par les auteurs. L’analyse quantitative du taux d’emploi et du taux de chômage entre les différentes filières montrent que les étudiants à l’université ne se transforment pas massivement en chômeurs.

Prenons les filières courtes :

Après un BTS, le taux de chômage est d’environ 11 %. Après un DUT, de 14 %. Après une licence générale, il est de 13 %, et après une licence pro, de seulement 8 % !

Pour les filières longues :

Le chômage est en moyenne de 11 % après un M1, 12 % après un M2 recherche, et 12 % après un M2 pro. A comparer avec 9 % pour une école de commerce, 5 % avec une école d’ingénieur. Il existe réelle différence, on ne peut le nier. Mais de là à parler de chômage massif pour les étudiants des universités…

Cela appelle quelques remarques complémentaires :

  • N’oublions pas que le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est de 25 %, soit plus du double que pour les diplômés de l’université
  • Il existe une grosse disparité selon les filières (que cela soit à la fac comme après les BTS) : après un M2 en communication ou documentation, c’est encore 15 % de chômage qui attend les étudiants, alors qu’après un M1 ou M2 en math ou physique, c’est seulement 6 %, soit un taux de chômage équivalent aux écoles d’ingénieurs !!
  • La question de la nature des emplois est centrale aussi, et les auteurs précisent dans leur donnée le pourcentage d’emploi de « cadre » et de profession intermédiaire (c’est assez large… Sans doute trop) : A part les écoles d’ingénieurs (98 %) , l’université fait jeu égal, ou mieux que les autres filières (y compris écoles de commerce) (environ 90 % après un M2 recherche ou pro).
  • Il n’y a pas de données sur le niveau de salaire. Il est indéniable que cela puisse jouer, et il est possible que les élèves d’écoles de commerce ou d’ingénieur gagnent mieux leur vie que ceux issus de filières universitaires.

Je laisse la parole aux auteurs pour conclure cette partie (ne vous inquiétez pas, j’ai encore plein de chose à dire sur ce bouquin, en particulier concernant l’orientation et l’organisation des études, du point de vue des étudiants):

Parler de l’Université comme d’une « usine à chômeurs » paraît donc pour le moins surprenant. Continuer ainsi à juger l’avenir de ses étudiants, et ce, contre les faits, tient par conséquent plus du discours idéologique que du constat empirique. C’est implicitement glisser d’un jugement de la valeur des diplômes universitaires sur le marché du travail à un jugement de la valeur et des valeurs de ceux qui les détiennent. (…) L’Université constitue, en effet, au sein de l’espace du supérieur, un lieu tout à fait singulier et qui s’oppose, à double titre, aux fractions les plus favorisées et les plus conservatrices de notre société. D’une part, (…) il s’agit d’un espace ouvert qui rend plus fréquente qu’ailleurs (…) la mixité et l’ascension sociale. D’autre part, c’est aussi le lieu où se concentre le pôle le plus intellectuel des classes dominantes, c’est-à-dire celui auquel tendent à s’opposer structurellement les autres factions plus proches du pôle du pouvoir économique.

Ah, au fait, j’ai déjà le titre du prochain épisode : « Hey, Teachers, leave them kids alone ! « , ou le naufrage de l’orientation post-bac…

« L’université n’est pas en crise » R. Bodin, S. Orange . Edition du croquant. A Commander chez votre petit libraire, qui ne vous fera pas payer de frais de port et dont les délais ne dépasseront pas une semaine

Cette nuit, j’ai rêvé d’une révolution…

Cette nuit, j’ai rêvé que c’était la révolution. Une vraie de vraie ! Alors, comme c’était un rêve, ma révolution ressemblait plus à l’An 01 qu’à octobre rouge, hein, mais c’est pas grave.

D’un coup, d’un seul, nous étions libre. Et joyeux, et même… taquins. On allait, par exemple, trafiquer les panneaux publicitaires (dont l’affichage se programmait à partir d’un PC central), pour faire apparaître des slogans anti-pubs moqueurs et respirant le bonheur de la liberté retrouvée. Les bourgeois avaient tout de même un peu peur, mais nous, on s’amusait juste à les épouvanter par des « BOUUH ! » des « GROOAR !  » dans la rue, tout en les plaignant (un peu), eux, qui n’avaient plus grand chose (du moins, qui pour une fois, n’avait pas plus que les autres). Une magnifique révolution « tarte-aux-fleurs« .

[ Ah, vous ne connaissez pas l’expression ? (Remarque, je viens de regarder google, lui non plus…) Les tartes-aux-fleurs , ce sont les anarchistes pacifistes, baba cools, hippies , … Vous les connaissez, ils existent encore (un peu). On en voit au festival d’Aurillac un peu, au Burning Man aux USA…]

Mais une révolution, c’est aussi politique, alors on est tous allé à l’Assemblée Nationale ! Des députés, je ne m’en souviens que d’un seul, alors qu’ils étaient nombreux à vider les lieux… Je me souviens de Jean Frédéric Poisson (Député des Yvelines, UMP, grand opposant au mariage pour tous), la peur sur le visage, la chemise blanche trempée de sueur qui sentait bon la panique, essayant de rassembler trois papiers et 2 codes civils, pour aller rejoindre ses pitoyables collègues dans une petite salle annexe exiguë…

Jean Frédéric Poisson. Je peux vous assurer que de voir ce député, qui a défendu des heures durant des positions homophobes, pris de panique, suant tout son gras, c'est assez jouissif...

Jean Frédéric Poisson. Je peux vous assurer que de voir ce député (qui a défendu des heures durant des positions homophobes) pris de panique, suant tout son gras, c’était assez jouissif…

Quelle rigolade de la joyeuse, que dis-je, bordélique assemblée qui avait pris sa place !! Des gosses courraient partout, des couples, jeunes ou moins jeunes, s’enlaçaient et s’embrassait dans les travées… Tout ça, dans une ambiance festive, et calme. Oui, calme et  bruyante de joie, respirant une douce sérénité, celles des jours heureux, des lendemains qui chantent.

Et alors, vous allez me dire ? Une révolution, oui, mais pour quelle idéologie ? Anarcho-syndicaliste ? Trotskyste-staliniste ? Ecosocialiste ?

Ça, je ne peux pas vraiment vous le dire. On n’en était pas là. Les militants politiques n’avaient pas encore manifestés leurs grandes théories pour le « Et maintenant ? ». Mais une chose était en train de naître, parmi les débats animés : la notion d’appartenance libre à un peuple et à un mouvement politique.

Pourquoi fait-on partie du « peuple de France » ? Parce qu’on a eu la chance/malchance de naître, ou de devenir français ? Dans notre assemblée, une idée s’est imposée : chacun a le droit de décider à quel peuple il souhaite appartenir, et a le droit de créer un peuple. Dans mon rêve, cela semblait limpide, mais je vais prendre 2 – 3 exemples… On peut très bien se sentir avant tout appartenir au « Peuple qui Vit Pieds Nus » ou au « Peuple qui Pense », ou au « Peuple à la fine moustache ». La liberté de s’affirmer comme membre d’un groupe au sein duquel on trouve ses alter egos.  La liberté de changer de peuple lorsque ça nous chante aussi. Même si dans ce rêve, la notion de « peuple » gardait une certaine solennité.  La question de la cohabitation des peuples s’est posée lorsque deux peuples, les StapKal (du moins c’est comme ça qu’ils s’appelaient dans mon rêve.) et les StapKou se sont définis par opposition l’un de l’autre. Ça n’allait pas du tout. Un peuple ne peut pas se définir dans l’opposition d’un autre.

Par contre, pour la constitution des mouvements politiques, on peut être plus large… Et se définit dans des oppositions. Avec quelques limites, tout de même : après un vaste débat, il a été convenu qu’on ne peut pas créer un mouvement politique dans le but d’assassiner une personne, ni d’anéantir un peuple. Bref, pour les StapKal et les StapKou, ça risquait d’être un peu compliqué…

Cette jolie organisation entre peuple et mouvement politique, promettait une joyeuse pagaille, pleine des contradictions qu’offrent la liberté. Mais un rêve, c’est fait pour imaginer que tout est possible, y compris que tout le monde peut se sentir différent, et aimer l’autre quand même.

Alors maintenant, vous transposez ça comme vous voulez dans la réalité. Mais moi, ça me donne envie de me recoucher, et de retourner dans ce rêve ou enfin, tout était possible.

La sélection dans l’enseignement supérieur ?

Plus j’avance dans ma jeune et (presque) fraîche carrière d’enseignant, plus mes enfants grandissent, moins je crois en la capacité de l’Education Nationale à permettre aux futurs adultes d’être des gens bien dans leur peau, bien dans leur vie, bien dans leurs activités. Plus je crois profondément que l’enseignement en France n’a d’autre but que d’assurer une bonne reproduction sociale. Quoi qu’il arrive, les élites resteront élites, et les autres, en particulier les enfants d’employés pas qualifiés et de chômeurs, d’immigrés, les femmes, resteront bien à leur place, écrasés par une société qui les montre du doigt.

Les enseignants pensent souvent que la solution pour permettre « l’égalité des chances » réside dans « l’élitisme républicain » : un élève, quelque soit sa condition sociale peut, grâce à l’école, parvenir à monter les barreaux de la société, pour arriver au sommet. D’après eux, il faut « juste » permettre à tous les élèves d’accéder aux mêmes compétences et connaissances. Pour cela, il est nécessaire de mettre des moyens supplémentaires dans les établissements difficiles, afin que l’ordre soit un peu respecté. Que les classes soient moins nombreuses, pour ne pas perdre de temps à faire de la discipline, et que tous puissent apprendre sereinement les savoirs académiques enseignés.

En tant qu’enseignant, je crois aussi que les classes doivent être moins nombreuses, les moyens plus importants et mieux répartis. Mais je ne crois plus du tout en l’élitisme républicain.

Une des illustrations de la faillite de cet « élitisme républicain » en tant qu’outil de progression sociale est l’accès aux différentes filières « sélectives » après le bac. Oh, il s’agit d’un tout petit point parmi tant d’autres, mais puisque j’ai fait un billet pour les Vendredis Intellos dessus, j’en profite pour en remettre une couche. Dans un livre très intéressant, intitulé malicieusement « L’université n’est pas en crise« , deux sociologues décryptent les modes de sélection des différentes filières à l’entrée dans le supérieur.

Quand on pense sélection, on pense à l’entrée dans les classes préparatoires, ou dans les écoles d’ingénieurs/ de commerces / de management, et aux bons/très bons résultats que cela impose durant les 2-3 dernières années de lycée. Mais il ne faut pas oublier non plus les BTS, IUT, et diverses écoles professionnelles, en particulier paramédicale et du secteur social. Ces autres établissements nettement moins prestigieux forment à des métiers (aide-soignants, techniciens supérieurs, éducateurs spécialisés…),  socialement moins valorisés que ceux de managers, ingénieurs, … Pourtant, la sélection y est aussi drastique. Souvent, c’est moins d’un dossier sur dix qui est retenu.

Venons en au but : les critères de sélection sont surtout, et quasi-exclusivement des critères socio-culturels.

Je ne reviendrais pas ici (dans un autre billet, promis) sur l’évidence que l’école toute entière est une machine a reproduire les inégalités sociales, et qu’évidemment, ce sont les classes socio-culturelles les plus favorisées qui ont les meilleurs résultats. Par conséquent, ces élèves issus de classes privilégiées réussissent « mieux », et sont donc sélectionnés pour les filières d’élites. Et ainsi de perpétrer ces inégalités…

Mais les processus de sélection sont plus efficaces encore : ils permettent de maintenir chacun à sa place. Prenez par exemple un  BTS moyen. L’équipe pédagogique reçoit une centaine de dossier, sans savoir comment les futurs bacheliers ont classé la formation dans leurs voeux post-bacs.  Pour éviter de devoir faire 50 listes complémentaires au fur et à mesure des désistements des meilleurs candidats pris dans d’autres filières, la technique est la suivante (résumée sommairement par un des prof, retranscrit dans le livre) :

Pour sélectionner les candidats, c’est facile : on classe l’ensemble des dossiers depuis le meilleur jusqu’aux moins bons, puis on retourne le classement ! Et on sait que les quinze derniers ils sont pour nous.

Voilà. Les bons candidats sont éjectés, puisqu’il est considéré que d’autres établissements, plus ambitieux, et mieux classé dans leurs listes, les auront accepté avant.

Même lorsqu’il y a un concours, ça marche ! (à propose des écoles d’éducateurs spécialisés) :

[Les sélections] se déroulent en deux temps. Le candidat passe tout d’abord une série d’examens écrits, puis un ou plusieurs oraux avec formateurs, professionnels et, parfois psychologues. Or lors de l’oral de sélection, ce sont paradoxalement les candidats les plus désajustés aux attendus scolaires traditionnels qui sont considérés comme les plus ajustés à la formation et, par conséquent, sélectionnés.

Tu veux être éducateur spécialisé ? Faire un cycle d’étude supérieur court ? Alors, mieux vaux ne pas avoir de trop bons résultats ! Certes, les cas de bons élèves exclus de ces formation doivent être relativement peu nombreux, puisque les lycéens ont déjà été « conseillés » fortement par leurs enseignants, qui leur ont déjà proposé des filières qui leur « correspondent bien ». Mais cela contribue totalement au maintien des générations futures dans le milieu social et culturel de la génération précédente.

Les filières traditionnellement sélectives (classes préparatoires, écoles de commerce et d’ingénieur) sont classiquement réservées aux élèves issus des milieux socio-culturels les plus favorisés, ceux-ci ayant les meilleurs résultats au lycée et lors des concours d’entrée. Mais les jeunes de ces milieux peuvent aussi atteindre ces filières formant les futures « élites », même en ayant été un peu plus en difficulté. C’est un des rôles des (très) nombreuses écoles de commerce et d’ingénieurs. Je me rappelle de l’intervention de membres d’une association de promotion des métiers scientifiques qui déclarait qu’il y a autant de place dans les écoles d’ingénieurs que ce qu’il y a de candidat. C’est sans doute exagéré. Mais compte tenu de la multiplication des écoles (230 écoles d’ingénieur agréé par l’état par exemple…), et des passerelles entre filières, quelque soit le niveau scolaire d’un bachelier, il est en mesure d’entrer dans une « grande école » d’ingénieur ou de commerce. Par contre, il faut en avoir les moyens, et « l’esprit« .

Les moyens. Car ces « petites écoles » sont souvent très, très chère.  J’en ai pris quelques unes, un peu au hasard :

  • ECE Paris (école d’ingénieur): 8000 € par an en moyenne, pendant 5 ans
  • ESAIP Grasse-Angers (école d’ingénieur): 5000 € par an, pendant 5 ans
  • ESC Saint Etienne (École de commerce) : 6500 € par an, 5 ans
  • CEFAM Lyon (Ecole de commerce) : 50000 € sur 4 ans avec un an aux Etats-Unis

Bon, je ne les ai pas tout à fait au hasard : si les écoles de commerces / management sont toutes absolument hors de prix, même celles ayant un statut associatif, il existe beaucoup d’écoles d’ingénieur publiques, dépendant en réalité des universités, dont les frais d’inscription sont de 600 €/ an. Encore faut-il avoir de quoi vivre durant 5 années d’études…

« L’esprit ». Et c’est surtout là que la sélection est sournoise. Ces écoles sont accessibles sur concours. Et on retrouve les même biais de sélection que pour les écoles d’éducateurs spécialisés : l’écrit est peu discriminant, et c’est lors de l’entretien que le jury va sélectionner les candidats qui ont « l’esprit » de l’école. Dans le livre « l’université n’est pas en crise », les auteurs racontent comment se passe les sélections dans les ESC (Ecole Supérieure de Commerce), pourtant accessibles qu’après des classes préparatoires (les passages sont surlignés par moi):

Les conditions d’entrée se sont harmonisées dans les années 1960. L’introduction d’un concours national a ainsi contribué à modifier leur vivier de recrutement. Jusqu’alors, le patronat local pouvait trouver dans ces écoles un « refuge » pour ses enfants peu à l’aise scolairement (…). Or, l’évaluation scolaire des admissions remettait en cause fortement leur accès à ces formations.

L’introduction des entretiens de personnalité à l’oral de recrutement des écoles supérieures de commerce, mais aussi le déploiement de conditions d’admissions parallèles (par d’autres voies que le concours principal), ont permis de relativiser la prépondérance des aptitudes académiques et de mieux contrôler les dispositions sociales des admis.

Avec ces quelques exemples, on voit que dans la « sélection », il n’y a plus « d’élitisme républicain« , basé sur des capacités qui sont censés transcender les différences sociales. La sélection est uniquement sociale et culturelle.

La solution ? Je serais bien présomptueux de prétendre la détenir. Mais commençons par se poser les questions de ce que l’on doit véritablement attendre de l’école : le système éducatif français tout entier s’est construit depuis 150 ans sur la volonté de reproduction des élites sociales, malgré des évolutions assez mineures. Vouloir « l’égalité des chances » passera par une remise à plat complète des principes fondamentaux principes sur lesquels ont été construit l’Education Nationale.

Les filières sélectives sont un moyen très efficace de garantir une reproduction des différents groupes socio-culturels. Les élites sociales en ont besoin. Y toucher, c’est mettre en danger leurs privilèges. Et bien… ALLONS-Y !

« L’université n’est pas en crise » R. Bodin, S. Orange . Edition du croquant. A Commander chez votre petit libraire, qui ne vous fera pas payer de frais de port et dont les délais ne dépasseront pas une semaine.

A la française de Mécanique, le « patriotisme économique » va décidément trop loin…

La Française de Mécanique est un des fleurons de l’industrie automobile française. Créé en 1969, elle fabrique chaque année un million de moteurs de voiture, équipant Peugeot, Citroën, Renault, BMW (et précédemment Toyota, Fiat,…) Le site de 148 Ha, à Douvrin dans le Nord, à côté de Lens, employait encore, fin mai 2013, près de 3250 salariés (source : wikipédia et le site officiel).

FrancaiseDeMeca

Au 1er janvier 2014, la Française de Mécanique devient filiale à 100 % du groupe PSA Peugeot-Citroën, après avoir été pendant de nombreuses années une filiale à 50/50 entre Renault et PSA. « Sans incidence sur l’emploi », assure le site officiel. L’emploi semble stable, même si la direction a récemment exercé un certain chantage pour faire signer à 3 organisations syndicales (CFDT, CGC, CFE-CGC) un « Accord de Performance Industriel et Economique« . (Auquel la CGT s’est opposé, manifestement en vain)

La préférence (automobile) nationale 

Bref, à la Française de Mécanique, tout semble tourner rond. Tout ? Ou presque. Parce qu’à la Française de Mécanique, on n’aime pas les étrangères. Les VOITURES étrangères. Depuis la nomination de Frédéric Przybylski au poste de directeur en avril 2013, aucune voiture de marque étrangère ne peut pénétrer sur le site de la Française de Mécanique.* Que vous soyez employé, fournisseur, ou même client, vous serez prié de vous garer à l’extérieur si votre voiture n’est pas une Renault, Citroën, ou autre Peugeot. Peu importe que les clients / fournisseurs /partenaires puissent être allemands, américains (comme BMW et Ford en particulier).

Quel impact de cette ségrégation ?

D’un point de vue économique, je ne suis pas sûr que cette mesure ait un quelconque intérêt. A part montrer une mauvaise image de l’entreprise aux fournisseurs, partenaires, clients, enfermée dans une vision nationale (nationaliste ?) de l’automobile. Comme stratégie industrielle, c’est assez surprenant, voire ridicule.

D’un point de vue des employés, je me demande comment cela se passe. Il y a les bons de la Française de Mécanique, ceux qui roulent français ? Et les autres, qui ne se garent pas sur le même parking ? En somme, une sorte d’apartheid basé sur le choix des produits de consommation ?

Peut-être que certains d’entre eux voient comme une fierté de rouler avec une voiture hexagonale, mais je n’imagine pas qu’on puisse imposer une marque, une provenance géographique, pour un produit qui, sociologiquement, a autant de poids que la voiture. De là à se sentir stigmatisé parce qu’on n’a pas la bonne marque de voiture, il n’y a qu’un pas. Nul doute que certains ressentent déjà un certain dénigrement de leur choix, qui ne relève pourtant que de leur vie privée.

Quelle idéologie sous-jacente ?

En essayant de prendre un  peu de recul, la question de l’idéologie de cette mesure discriminatoire est assez troublante. Dans ce cas, il ne s’agit pas de privilégier le « Made In France« , cher à A. Montebourg. Une Toyota Yaris, produit à Onnaing, à moins d’une heure de route, se verra refuser l’accès au site, alors qu’une Renault Dacia produite à Tanger au Maroc ou une Clio à Bursa en Turquie sera la bienvenue. Bref, ce type de discrimination, en supposant qu’elle puisse être effective (ce dont je doute fortement), n’a pas pour conséquence d’augmenter l’emploi en France. La seule chose que permettrait cette mesure, c’est d’enrichir les grands groupes Renault et PSA, quelque soit leur mode, leur lieu de production. Bref, il s’agirait de plaire à la maison-mère (PSA), et à l’autre grand partenaire (Renault).

Je ne pense pas que la direction de la Française de Mécanique puisse croire (et faire croire !) à un intérêt social (emploi en France) ou  un intérêt économique (croissance des groupes automobiles français) de cette mesure. Je n’arrive pas à l’interpréter autrement que de façon beaucoup plus simple. Pour moi, il s’agit ni plus ni moins à une sorte de xénophobie, déguisée en nationalisme industriel.

Les marques de voitures sont en elles-mêmes des symboles nationaux. Le destin industriel de la France a toujours été lié à la production automobile. Comme l’Allemagne, ou les USA. La supériorité de Renault et de PSA, c’est la supériorité du génie français sur les autres. Instaurer de fait une hiérarchie entre les nationalités (fictives, on vient de le voir) des voitures, c’est, symboliquement, instaurer une hiérarchie entre les nationalités. À la Française de Mécanique, on estime manifestement que les (véhicules) étrangers ne sont pas la bienvenue.

Ce type de mesure, imputée à la nouvelle direction, où une xénophobie à peine déguisée prime sur l’intérêt du site, de l’entreprise, et des salariés, peut paraître simplement absurde. Prise isolée, elle n’est qu’un caprice de chef d’entreprise essayant d’imposer « sa patte ». Un abus de pouvoir où il tente d’imposer des choix individuels privés (hautement symboliques, rappelons-le !)  à ses employés. Mais dans le climat actuel, où, la crise aidant, le repli identitaire tente une part toujours croissante de la population, ce type de démarche doit être dénoncée.

* Cette mesure s’applique à tous les visiteurs, et de façon générale, à l’accès au parking « visiteurs », y compris pour les employés qui souhaiteraient s’y garer.

Ah, ces « nouveaux pères » …

Ah, ces « nouveaux pères« … Ils sont beaux, dans leurs habits qu’ils ont repassé EUX-MÊMES, avec leurs jolis enfants, garçons et filles, coiffés, habillés, éduqués par EUX-MÊMES. Peut-être même que j’en suis un, tiens, de « nouveau père ».

L'hippocampe mâle est connu pour être un super "nouveau père" : c'est lui qui porte les oeufs dans sa poche ventrale, en attendant l'éclosion ! (Source : Wikipédia. auteur : Nick Hobgood)

L’hippocampe mâle est connu pour être un « nouveau père » formidable : c’est lui qui porte les oeufs dans sa poche ventrale, en attendant l’éclosion ! (Photo : Nick Hobgood)

Pourtant, il y a une chose qui me dérange, chez les plus visibles d’entre eux du moins. Par visible, j’entend qu’ils sont très présents sur les réseaux sociaux, et qu’ils deviennent peu à peu des références d’autres médias plus institutionnels. Permettez-moi, puisque je suis ici chez moi, de rester évasifs sur leurs propos, sur leurs pseudonymes. De toute façon, je ferais court aujourd’hui. N’est-ce-pas le premier billet de ce blog ?
Ce qui me dérange, chez ces « nouveaux pères », c’est qu’ils ressentent profondément le besoin de se comparer avec les mères, avec les autres pères. Et de montrer qu’eux au moins, ils font mieux.
Ils sont plus présents que les autres pères, mais peuvent quand même boire une bière et mater un match de foot.
Ils sont aussi présents que les mères, mais eux sont capables en plus de monter une auto-entreprise, créer une association, ne pas être en burn-out. Ce sont des hommes, après tout !
Ils sont meilleurs que tous, car eux, savent comment il faut s’y prendre avec les enfants. Sans la sensiblerie des mères, à la fois permissives, et accrochées à leur progéniture. Sans le manque d’intérêt des autres pères non plus.
Une mère allaite longtemps son enfant ? Elle prive le « nouveau père » d’une relation privilégié avec son enfant. Au nom de l’égalité, il faudrait peut-être mieux que ce soit lui qui le nourrisse, histoire de rattraper les longs mois de grossesse où elle avait tout loisir de profiter de son futur bébé.
Certes, les femmes souffrent pendant l’accouchement. Alors le « nouveau père » tente une expérience qu’il déclare similaire. Et affirme que « c’est vraiment très très dur à supporter » (mais qu’il a quand même réussi, hein !)
Le « nouveau père » milite pour des incitations au congé parental pour les pères. Et applaudit quand c’est obtenu. Et ne trouve pas ça anormal que le congé parental de la mère diminue dans le même temps.
Cette paternité là, je ne la veux pas. Je ne suis pas un de ces « nouveaux pères ». Ça me gonfle de montrer que j’en ai une plus grosse que celle des autres pères, et que les mères ne sont même pas foutue d’en avoir. Je n’ai pas besoin d’être à tout prix meilleur qu’elles et qu’eux pour être présent auprès de ma famille, ma compagne et mes enfants.

Alors, faut-il vraiment que je dise « père » ? Ça suffit pas, de dire « parent » ?